si rêver est dangereux, le remède n'est pas de rêver moins, mais de rêver plus
Gib mir die Zeit, die Abdrücke für meine Schritte zu finden, ich habe dich soviel gesucht, daß ich ein wenig Angst vor mir habe.

ÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿÿ

J'écoute : le nouvel opus des Scissor Sisters
Je regarde : Le déduit de la Providence (...mdr, non, ce n'est pas un titre de film ! il devrait y avoir au moins une personne qui comprenne)
Je lis : à nouveau dans tes pensées
Je joue : à ne pas avoir mal (ne suis-je pas aussi blond que Merteuil ?) sinon, je joue aussi au jeu des Perles de Verre de Hermann Hesse.
Je mange : au creux de ta main
Je bois : de la horchata glacée
Je cite : "Doch wessen Streben auf das Innre führt, wo Ganzheit nur des Wirkens Fülle fördert; der halte fern von Streite seinen Sinn, denn ohne Wunde kehrt man nicht zurück, die noch als Narbe mahnt in trüben Tagen" Franz Grillparzer (in Des Meeres und der Liebe Wellen)... en français : 'Cependant , celui dont l'effort est dirigé vers son être intérieur, là seulement où la plénitude s'accomplit, qu'il tienne son esprit loin de la mêlée, car on en rapporte toujours une blessure dont la cicatrice se ravive aux jours où le front s'assombrit."
Je pense : immarcesciblement à toi
Je rêve : à nous... pour survivre
(mis à jour mardi 13 juillet 2010 à 20:08)

24/02/2009

24/02/09 - 08:02

Jumeaux

Ce weekend, je suis allé voir "Donne-moi la main", un film de Pascal-Alex Vincent sans prétention mais attachant. C'est un road-movie qui met en scène des jumeaux qui aiment bien se bagarrer. Ils entreprennent ensemble, à l'insu de leur père, un voyage jusqu'en Espagne où doit avoir lieu l'enterrement de leur mère qu'ils ont très peu connue. Leur parcours en stop sera ponctué de rencontres, de disputes, de réconciliations et d'expériences. Sur la route vont aussi se révéler la différence de leurs attirances, et la confusion de leurs sentiments. Autant d'éléments qui font de ce périple lumineux un véritable voyage initiatique qui va les transformer à jamais en changeant leur relation et les amener vers l'âge adulte...

J'aime bien la chanson "Melocotón" de Colette Magny (1963) qui accompagne la bande annonce.

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"Pour mon plaisir et ma délectation charnelle" par Pierre Combescot (Prix Médicis 1986, Prix Goncourt 1991).
Dans le tumulte de la guerre de Cent Ans, princes et ducs trahissent et s'assassinent pour la couronne de Charles VI, frappé de démence. Gilles de Rais, l'un des plus sombres criminels de l'Histoire, vient au monde. Compagnon d'armes de Jeanne d'Arc qu'il révère, guerrier furieux, adepte de la magie noire mais fervent chrétien, mélomane, immensément riche, prodigue jusqu'à la démesure, l'homme qui inspirera Barbe bleue est aussi parmi les plus puissants du royaume. Aux juges qui l'interrogeront sur les raisons de sa folie sanguinaire, il dira n'avoir agi que " pour son plaisir et sa délectation charnelle ". Laissez Combescot vous conter un morceau de l'Histoire, il le fait mieux que personne. Entrez dans cette danse macabre et laissez-vous pénétrer par une orgie de luxure et de sang. Vous pourriez parfois être mal à l'aise, mais l'intelligence de l'auteur dissipera toutes vos craintes. Une nouvelle biographie de l'un des plus sanglants criminels de l'histoire de France ? Non pas. Celle-ci nous plonge au plus profond de l'horreur en ne nous épargnant guère les détails les plus écœurants des meurtres d'enfants. Sans aucune fascination pour le tueur en série, l'auteur offre une peinture plus que réaliste de cette période de l'histoire de France teintée de rouge et noir. Sa description de batailles, comme celle d'Azincourt, glace le sang par le réalisme employé. On s'y croirait. Nous sommes en pleine guerre de Cent ans et les fourberies entre gens du pouvoir évoluent en parallèle avec les agissement de Gilles de Rais, terrible meurtrier mais aussi homme de guerre qui voit dans les combats avec les Anglais un moyen d'exprimer la violence contenue dans ses entrailles. Pendre ses adversaires ou les passer par le fil de l'épée, prendre d'assaut une forteresse, voilà une thérapie qui permet à cet ogre d'oublier, un temps, ses besoins charnels. Grand seigneur, il laisse le sale travail à sa bande d'affreux, des rabatteurs qui enlèvent, achètent ou séduisent des victimes à offrir aux goûts cruels de leur maître. Saluons le talent de l'auteur quant à sa description de ces personnages secondaires, laids à faire peur et que nul n'aimerait rencontrer au coin d'un bois. On y trouve, pêle-mêle, des écorcheurs, des routiers, des alchimistes ou des sorcières. Pour ceux qui trouvent les biographies lassantes et formatées, celle-ci les fera certainement changer d'avis. Par son style, vivant et cinématographique, et son langage cru. Tel qu'il devait être parlé à l'époque. Au fil des pages, le lecteur a l'impression d'y être, avec une seule envie : revenir, sain et sauf, au XXIe siècle et quitter ce 15e siècle, si bien décrit en à peine 190 pages.

“Une éducation libertine” par Jean-Baptiste Del Amo (Gallimard)
Descendant des multiples Mémoires de prostituées du 18ème siècle et des romans d’apprentissage du 19ème, avec des accents proches du “Parfum” de Süskind, ce premier roman remarquable, excessif, est une découverte littéraire et olfactive ! L’auteur reprend le thème si usité de l’ascension d’un provincial sans le sou à Paris. Nous sommes au 18ème siècle, très loin du monde dur mais optimiste de Balzac, et encore plus loin de la légèreté et de l’ironie des héroïnes libertines, même si le Breton Gaspard possède de nombreux points communs avec elles. L’ambiance parisienne est glauque, répugnante ; tout, de la Seine aux Parisiens, en passant par les rues et les habitations, bordels infâmes ou salons raffinés, sent la charogne, l’étron, la sueur et la crasse. Le corps, ses humeurs, ses faiblesses, ses odeurs envahit tout. Le sexe est omniprésent, les sentiments abordés le sont systématiquement par le biais du corps et du matériel. A force de descriptions ultraréalistes, le roman prend une couleur, que dis-je, des couleurs fantastiques, dérangeantes. C’est un roman pessimiste, noir mais fascinant, où la culpabilité se fait tangible et qui récuse la possibilité de l’ascension sociale, même par le sexe (ce Bel-Ami maupassantesque préfère se servir des hommes plutôt que des femmes pour réussir). Il hantera certainement les narines des lecteurs longtemps après qu’ils auront fermé le livre.

Proust
As a teenager, an early mentor of mine declared that I was not to venture through life without reading Marcel Proust's "A la recherche du temps perdu"...at least three times. Well, I still haven't gotten through the first reading yet, as you can imagine, but this weekend on the train to Rennes and back home, I found inspiration to give it another try. Richard Davenport-Hines' "Proust at the Majestic" does a magnificent job of giving a Proust novice a great sense of bearing in understanding where the legendary novel comes from. A very intriguing mix of biography, a short history of early 20th century parisienne social life, literary criticism and party tattle (think early 20th century hiss), I love this book for giving me a framework to spin from. The story starts with a dinner party for Diaghilev attended by Stravinsky, Picasso, Proust and James Joyce. Imagine the hiss amongst all those genius Modernists in one room. A book like this just reignites a passion in you to do the very best work you are capable of...




Ad mortem festinamus peccare desistamus. Scribere proposui de contemptu mundano ut degentes seculi non mulcentur in vano. Iam est hora surgere a sompno mortis pravo. Vita brevis breviter in brevi finietur mors venit velociter quae neminem veretur. Omnia mors perimit et nulli miseretur. Ni conversus fueris et sicut puer factus et vitam mutaveris in meliores actus intrare non poteris regnum Dei beatus. Tuba cum sonuerit dies erit extrema et iudex advenerit vocabit sempiterna electos in patria prescitos ad inferna. Quam felices fuerint qui cum Christo regnabunt facie ad faciem sic eum adspectabunt Sanctus Dominus Sabaoth conclamabunt. Et quam tristes fuerint qui eterne peribunt pene non deficient nec propter has obibunt. Heu heu miseri numquam inde exibunt. Cuncti reges seculi et in mundo magnates advertant et clerici omnesque potestates fiant velut parvuli dimitant vanitates. Heu fratres karissimi si digne contemplemus passionem Domini amara et si flemus ut pupillam oculi servabit ne peccemus. Alma Virgo virginum in celis coronata apud tuum filium sis nobis advocata et post hoc exilium occurens mediata. Vila cadaver eris cur non peccare vereris. Cur intumescere quearis. Ut quid peccuniam quearis. Quid vestes pomposas geris. Ut quid honores quearis. Cur non paenitens confiteris. Contra proximum non laeteris.
(in Llibre Vermell de Montserrat -1399)

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"Ma liberté est moins lourde, aujourd'hui, à supporter; j'avance à l'intérieur d'une sorte de parenthèse. Un rêve debout, qui n'oppresse pas, ne soulage pas non plus tout à fait, mais rend, curieusement, insensible." Philippe Mezescaze (in Qalamour)


Dernier roman qui m'a passionné:
« L’Extrémité du monde » par René de Ceccatty relate sur le mode autobiographique les tribulations de Saint François-Xavier (1506-1552) depuis son pays basque natal, en passant par Paris où il rencontre Pierre Fabre et Ignace de Loyola, Rome où il fonde avec eux la Compagnie de Jésus (cf : les Jésuites), puis l’Inde de Goa et enfin le Japon.
Extraits :
«Cette chair de son absence et ce tressaillement de détresse […] devaient soudain faire de Pierre Fabre l’être unique qu’il n’avait pas encore été tout à fait à mes yeux. L’amour de Dieu avait eu d’abord la forme de Pierre, parce que nous sommes ainsi faits que nous avons besoin d’hommes vivants pour aimer et qu’il n’est pas de plus grand mensonge que de prétendre aimer un dieu qui ne s’est pas incarné.»
« Je n’ai pas infléchi ma voie vers Dieu et je n’ai pas fait le vide en moi par mon amour pour Pierre. Il avait une douceur de rapports que je n’ai trouvée chez personne d’autre à ce degré. A son amabilité, à la suavité de son langage, je devais d’avoir répondu […etc]. Des instants crus de l’enfance qui resurgissent avec la violence acide des jours au pouvoir inaltéré sur notre vie, je n’ai gardé, jusque dans mes heures d’exaltation à Meliapour, que ceux qui annonçaient cette apparition de Pierre, comme si le connaissant je vivais davantage ou plutôt je vivais enfin. »
« Je ne pourrai jamais dire combien je suis redevable aux Japonais, puisque c’est à eux que je dois l’insigne faveur que Dieu m’a accordé de connaître l’énormité et la multitude de mes péchés. Jusqu’alors emporté hors de moi, je n’avais jamais encore sondé toute la profondeur de l’abîme qu’ils avaient creusé dans mon âme. Je ne le vis qu’au moment où Dieu, au milieu de mes angoisses et des misères par lesquelles il m’éprouvait, me dessilla les yeux et me fit toucher du doigt la nécessité où j’étais d’avoir près de moi un homme. Cette solitude qui m’était si douce […] et presque nécessaire m’était devenue très odieuse. »

Extrait de "Nicolas" par l'Académicien Dominique Fernandez :
Simon appréciait aussi que le vocabulaire de la danse fût sans secret pour Alice. Il tirait de ce constat un sujet d’orgueil. Les mots de la danse, tous français depuis Louis XIV, avaient essaimé par le monde : qu’ils se fussent fixés, en Russie, avec une précision et une force si extraordinaires qu’ils avaient résisté à soixante-dix ans de communisme, lui causait une satisfaction sans bornes, bien qu’il ne fût pas, dans les autres domaines, le moins du monde chauvin. En entendant cette jeune Russe trébucher encore dans mainte tournure française et dire un taxiste, une franderie, mais être au tu et à toi avec piqué, emboîté, pirouette, arabesque, sissonne, fouetté, ballonné, glissade, développé, etc., il exultait, comme si, dans la traditionnelle rivalité entre les deux écoles de danse française et russe, l’Opéra de Paris avait marqué un point. Danser dans leur langue, n’était-ce pas rendre hommage à la patrie du chanoine Thoinot Arbeau et du père jésuite Ménestrier, qui avaient fixé les règles théoriques du ballet, avant que le grand Jean Georges Noverre, de Paris, ne les mît à exécution ? Le lexique codifié à la cour de Versailles restait, en l’an 2000, l’idiome universel de la chorégraphie. A l’entrée de Simon, tous s’étaient levés et dirigés vers les barres. Aux premiers accords du piano, le cours débuta. Pointé. Fermé. Plié. Demi-plié. Demi-rond de jambe. Quatre suivis. Battement. En avant. En arrière. Battement d’horloge. Fondu. Coupé. Frappé. Les injonctions se succédaient, calmes, précises, autoritaires. Accrochés d’une main à la barre, pour alléger le travail des muscles, les élèves subissaient sans broncher une discipline de soldats. On découvrait, dans les exercices élémentaires, la grammaire de la danse, le jeu subtil des articulations, l’emboîtage fin de toutes les parties du corps, le déploiement graduel de ses infinies possibilités. « Jambe tendue pour le rond de jambe, Sylvie ». « La colonne vertébrale, Laurent. La colonne vertébrale, c’est ton fil à plomb ! ». « On part en quatrième position, s’il vous plaît ! ». Qui n’a pas assisté à une classe ne peut imaginer quelle patience, quel courage, quelle persévérance il faut, quelle soumission d’esclave à des règles de fer, pour donner l’illusion, ensuite, de la facilité. C’est un spectacle nonpareil, qu’un développé sans à-coups, ce jaillissement de la jambe à la verticale, minutieusement préparé et lâché soudain. Laborieuse initiation à la grâce, étude scolaire du geste qu’on croirait spontané. Echapper à la condition humaine est le but utopique de la danse, le rêve et la récompense de cette routine exténuante. Il faut répéter mille fois la même distorsion du muscle, pour obtenir qu’elle paraisse naturelle. Le bond est le résultat d’une détente calculée au dixième de seconde près, la légèreté aérienne une victoire millimétrée sur la pesanteur. Sans un entretien scrupuleux de cette horlogerie délicate, le corps retenu par son poids se soulèverait de terre mais ne prendrait pas son envol. Après les barres, Simon ordonna de passer à la seconde phase de l’entraînement, dite milieu. Les barres mobiles qu’on avait installées sur la plateau furent emportées, et au centre du plancher resté vide, dans le rectangle délimité par une ligne tracée à la craie, la virtuosité des danseurs se donna libre cours. N’ayant plus d’appui qu’en eux-mêmes, privés de tout support, ils prennent possession de l’espace, qu’ils doivent apprendre à maîtriser. Pas simples, enchaînements, girations, sauts, batteries, entrechats, tours en l’air, pirouettes, tout se précipite en une synchrone et merveilleuse allégresse. Le plus beau moment arrive lorsque, quatre par quatre, pour occuper sans se gêner la surface disponible, les danseurs s’élancent du fond de la salle et exécutent, en couvrant la diagonale, les grands sauts battus, de choc ou croisés, appelés cabrioles. Aussitôt qu’une vague a passé, une autre déferle, une troisième après la seconde, et ainsi de suite, sans interruption. Ils bondissent en avant, jettent de côté leurs jambes, croisent en ‘air, plusieurs fois de suite, leurs pieds, battent dans une symétrie parfaite, se reçoivent sur les pointes, rebondissent au sol, sans donner le sentiment qu’ils retombent. Même un danseur qui n’a pas un physique exceptionnel se transfigure dans la minute du saut. Alice n’en devenait pas moins une princesse Aurora quand elle s’élevait de terre et restait, grâce à la vélocité du battement, suspendue. Etant en surnombre, elle s’élança la dernière, seule, sur le plateau vide, objet de la curiosité générale. Chacun voulait voir ce qu’on savait faire, dans son fameux Kirov – si fameux que le nom de ce chef communiste était resté au corps de ballet, bien que le théâtre, rebaptisé en même temps que St-Petersbourg, eût repris le nom impérial de Mariinski. La petite Russe se jeta en avant, avec une impétuosité qui emporta son chignon. Ses cheveux blonds roulèrent sur ses épaules, l’entourant d’un nuage lumineux. Outre la rapidité, chacun de ses mouvements montrait une sûreté, une précision, un abatage d’autant plus frappants qu’elle n’avait pu, Simon l’avait fait savoir, s’entraîner correctement depuis son départ de Russie. Elle traversa en diagonale la salle. Cantonnée dans le même nombre de mètres carrés que les autres danseurs, il semblait qu’elle occupât d’un bout à l’autre la grande pièce. Ses gestes ne restaient pas circonscrits dans le champ délimité. En trois cabrioles, elle eut rempli l’espace, repoussé les murs, débordé l’aire de danse, bien au-delà de la frontière tracée à la craie sur le plancher. Les lyres de bronze tendues sur les toits frémissaient dans leurs cordes et bruissaient de ses bonds. L’air entier vibrait et trépidait à l’unisson. Les pas étaient en harmonie avec la projection du corps, exemplaires les batteries de choc, exceptionnelles les batteries de croisement, le port des bras supérieur au standard européen. Lorsque, pour finir, elle fléchit en retombant sur sa jambe gauche demi-pliée, la droite maintenue à hauteur, on eût dit qu’elle revenait d’un autre monde, dont elle rapportait avec elle l’impondérable, volatile légèreté.